Avalanches, il vaut mieux prévenir que guérir!
Écrit par Jacques PIETU Mercredi, 15 Décembre 2010 13:46
Ceci est l'histoire récente de trois adhérents de notre Club survenue samedi 4 décembre 2010 à la Clusaz.

Nos trois skieurs avaient convenu la veille de profiter du beau temps annoncé et de la bonne poudreuse tombée les jours précédents. Compte tenu du niveau de risque estimé par Météo France (3/5, bulletin réduit), ils avaient choisi un objectif dénué de risques: l'Aiguille des Calvaires par les pistes de la Clusaz , avec la descente par la Combe de BORDERAN. Ils avaient emporté tout le matériel de secours (DVA, pelle et sonde).
La montée s'est bien passée sous les remontées mécaniques en fonctionnement, jusqu'à leur sommet. La combe de BORDERAN est déjà tracée par les nombreux skieurs l'empruntant en hors piste à partir des remontées mécaniques.
Ils enlèvent les peaux et démarrent la descente du petit mur amenant dans la combe. A son pied, ils décident de casser la croûte au soleil. Au dessus d'eux les pentes sommitales de la Combe sont vierges. Ils n'envisagent pas d'y promener leurs spatules.
C'est à ce moment que tout bascule: un groupe de trois skieurs de randonnée visiblement entrainés les dépasse et commence à tracer ces pentes. Un second groupe de skieurs de piste emmené par deux guides commence à remonter à pied la rive droite avec l'intention de basculer plus haut dans la combe de TORCHERE. Le piège est tendu. L'attrait de la neige vierge est le plus fort. Nos trois skieurs remettent leurs peaux et entament la montée dans la trace à skis de leurs prédécesseurs. Ils sont très espacés. Plus haut, les trois skieurs remontent groupés l'arête Nord Ouest de l'Aiguille de BORDERAN. Peu avant le sommet de cette arête, ces derniers déclenchent une énorme plaque de 50 m de largeur et 300m de longueur. En quelques secondes, l'avalanche atteint nos adhérents. Une énorme claque causée par le front de plusieurs mètres de haut, l'impression de passer dans sa machine à laver, la poudreuse qui pénètre dans la bouche et les bronches, puis tout s'arrête. Tous trois sont ensevelis, mais deux voient le ciel bleu à travers la fine couche de neige qui les recouvrent et parviennent à se dégager par leurs propres moyens.

La troisième reste sous la neige. Le groupe avec les deux guides qui n'a pas été pris se rend immédiatement sur les lieux et entame une recherche ARVA. À un moment l'un des membres de ce groupe s'aperçoit qu'un gant qui semblait posé sur la neige bouge. La victime est localisée! Elle est rapidement dégagée, son bras droit est cassé et fait un angle marqué, elle n'a plus de chaussures aux pieds. De peur de la malmener, les sauveteurs la recouvrent d'une couverture de survie et attendent les secours aériens qui ont été par ailleurs prévenus par le service des pistes de la station. Ils n'ont pas constaté que le dos de la victime était nu sur la neige. Lorsque les secours arrivent vingt minutes plus tard, la victime est en hypothermie sévère à 31°C.
La prise en charge est rapide et efficace, et nos trois adhérents s'en sortent avec des blessures réversibles (fracture d'une malléole, rupture d'un ligament latéral interne du genou, contusions pulmonaires et contusions multiples pour l'un; fracture de l'humérus, rupture d'un ligament latéral interne du genou et contusions multiples pour l'autre,contusions diverses et plaie de la cuisse gauche pour le troisième). Les fractures sont certainement survenues lors de chocs avec les rochers dont la combe est parsemée sur les 300m que les victimes ont parcouru dans l'avalanche.
L'histoire, dont l'issue aurait pu être dramatique, se finit bien!
Quelles leçons tirer de cet accident?
Les outils d'aide à la décision, rappelés d'ailleurs dans le dernier numéro (4-2010) de « La Montagne & Alpinisme » pages 76 et 77, indiquent clairement que la pente sommitale de la combe de BORDERAN d'une inclinaison de 35° n'aurait pas du être abordée par risque de niveau trois sur cinq (risque marqué, forte probabilité de déclenchement accidentel). C'est bien ce qui était pressenti par nos skieurs au moment du casse croûte.

Le fait que d'autres skieurs s'y engagent et y fassent la trace, plus qu'une sécurité, créait un risque supplémentaire. Mais « le mauvais exemple et l'émulation » (page 97 du livre « Avalanches » de François SIVARDIERE), ainsi que l'euphorie du moment, ont été les plus forts.
Les entretiens que nous avons eus avec les victimes dans le cadre de la démarche « prévention - sécurité », ont montré que ces dernières n'avaient pas tous une connaissance approfondie de ces outils d'aide à la décision, malgré leurs nombreuses années de pratique.
Nous ne leur en ferons pas le reproche.
Je pense que notre Club est concerné, et que c'est à notre Club, dans le cadre de sa mission fondamentale de formation, de faire en sorte que ces outils qui existent depuis plusieurs années soient mieux diffusés auprès de nos adhérents.
Comment?
Â
Ils seront mis en ligne sur notre site Internet;
Ils seront commentés par les initiateurs lors des sorties collectives;
Ils seront imprimés sur la prochaine revue d'hiver.

Â
Par ailleurs, il faut conserver à l'esprit dans l'organisation des secours et son triptyque « protéger - alerter - secourir »:
-
que lors de la phase de recherche, il ne faut pas négliger les indices de surface. (il peut y avoir une main dans un gant!)
-
que la victime une fois secourue doit être protégée, et notamment du froid. On peut penser que l'hypothermie sévère de la troisième victime provient non seulement des sept minutes passées sous la neige, mais bien aussi des vingt minutes passées à attendre l'hélicoptère en chaussettes et le dos nu sur la neige.
Enfin, le déroulement de la chute et les chocs avec les rochers, peut à nouveau poser la question du port du casque dans cette activité.

Après l'avalanche et le secours, que vous soyez victime, responsable ou témoin vous serez auditionné par les services de police judiciaire (gendarmerie PGHM), à l'issue de quoi le procureur pourra ou non décider de poursuivre pénalement les responsables.
Il faudra de même prendre contact avec son assureur. Il serait dommage de ne pas être à jour de ses cotisations!
Un grand merci aux gendarmes du PGHM d'Annecy et au service des pistes de La Clusaz!




